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Le LTC : qu'est-ce que c'est ?

LTC est un acronyme pour Lost Trick Count, ou en français Compte des Levées Perdantes. Comme on peut facilement s’en douter ce « compte » des mains est pratiqué aux USA mais très peu en France. Pourtant c’est très facile de l’intégrer dans le système d’enchères qu’on utilise habituellement. Je peux dire que c’est même très complémentaire. Le LTC nous fait voir la main sous un autre angle et nous permet d’évaluer très tôt le palier du contrat qu’on peut théoriquement atteindre dès qu’on a un fit.

Il existe plusieurs techniques plus ou moins compliquées qui ont été élaborées pour le LTC. Pour ma part j’ai adapté une méthode très simple à utiliser en parallèle à notre système d’enchères le SEF. 

Pour ceux qui jouent en match par 4, je conseille vivement d’étudier avec attention le LTC, car il facilite grandement la vie pour annoncer les manches et les chelem, y compris en mineures !
Pour les tournois par paires le LTC permet d’évaluer jusqu’à quel niveau on peut défendre sans trop chuter, ce qui est souvent difficile à évaluer.

L’ensemble de la méthode que je détaille couvre plusieurs chapitres que je mets en ligne les uns après les autres.
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Le LTC : une méthode très utile pour évaluer votre main facilement

Au bridge on évalue traditionnellement les mains en comptant d’abord ses points d’honneurs (H), ses points de longueur (L) et ses points de distribution (D). On peut ainsi évaluer la force théorique de sa main en « points » H, HL ou HLD.

En France, le SEF décrit très bien comment on évalue les mains : Tout le monde connaît le compte des points H qui est universel. Pour les points L on ajoute 1 point pour la 5ème carte d’une couleur et pour chacune des suivantes. Exemple : R10864 pourra être évalué à 3(H) + 1(L) = 4HL.
Pour prendre en compte les points de distribution (D) il faut impérativement qu’un fit ait été découvert, directement ou implicitement. Dans ce cas on compte 3 points pour une chicane, 2 pour un singleton, et 1 pour un doubleton.
En plus on compte 2 points pour le 9ème atout (addition des 2 mains) et 1 point de plus par atout au-delà du 9ème.
Par exemple : V10943 d’atout en face d’une main annoncée comme ayant 5 cartes, sera évalué à 1(H) + 3(D) = 4(HD).

Avec le LTC on ajoute une analyse complémentaire à partir des perdantes cumulées des 2 mains partenaires.
Cette méthode ne s’applique qu’à la couleur quand on a trouvé un fit d’au moins 8 cartes (sauf 7-1). Le LTC fonctionne bien mieux pour les mains déséquilibrées, plutôt faibles en points H, que pour les mains régulières fortes en points. Malgré tout on verra comment, même avec des mains régulières on peut utilement s’en sortir avec le LTC, pour autant, encore une fois, qu’il y a une couleur fitée !

Le mécanisme de base est très simple :
On compte ses perdantes, celles du partenaire, on les ajoute, et on ôte le total de 24. Le résultat correspond au nombre de levées qu’on pourraient normalement réaliser et donc au palier du contrat. Par exemple on trouve qu’avec un fit , une des mains a 7 perdantes et l’autre en a 8, donc 15 au total. On fait le calcul de base : 24-15 = 9, ce qui correspond au palier de 3.

Mais les perdantes c’est quoi ?
Dans une couleur toutes les cartes qui ne sont pas As, Roi ou Dame sont des perdantes. Pour une couleur donnée on ne peut pas avoir plus de 3 perdantes ce qui fait qu’une main de 13 cartes qui n’a ni As ni Rois ni Dames a 12 perdantes ! C’est paradoxal mais c’est comme ça. Remarquez que le Valet est considéré dans le calcul de base comme une petite carte.
  Combinaisons de perdantes :
A (0), AR (0), ARD (0), AD (1), Ax (1), Axx (2)
R (1), RD (1) Rx (1), RDx (1), Rxx (2)
D (1), Dx (2), Dxx (2)
x (1), xx (2), xxx (3)
Exemple : ()RV75 ()DV2 ()ADV9 ()62 –> 2 perdantes à , 2 à , 1 à , et 2 à , soit au total 7 perdantes.

Le calcul de base doit être affiné.
En effet si l’on considère par exemple que Dxx et Dx génèrent 2 perdantes, il faut constater que cela n’est pas toujours exact avec Dxx. De la même façon ADx et RDV n’indiquent que 1 perdante, vrai pour RDV (sauf coupe) mais pas toujours pour ADx. Pour simplifier on peut dire que la Dame joue un rôle « variable » qui peut affecter le nombre de perdantes du calcul de base. Pour en tenir compte on utilise un calcul complémentaire : Le Compte italien, noté Ci par la suite.

Le Compte italien
Une explication pour en comprendre le mécanisme :
Comparons par exemple RDx correspondant à 1 perdante et 5H, avec ADx correspondant aussi à 1 perdante mais à 6H.
Avec l’as bien placé (50%) RDx peut engendrer 2 levées donc une seule perdante, le calcul de base est correct. Mais avec ADx, même si le Roi est bien placé (50%) on n’est pas certain du tout de faire 2 levées. On voit ainsi que les points H valorisent la combinaison ADx alors que toutes choses égales par ailleurs cette distribution n’est pas plus forte que RDx. Alors, comment concilier points H et perdantes ?  C’est là que le Compte italien entre en jeu.

Cela peut vous paraître un peu compliqué mais c’est très simple :
Pour faire le calcul du Ci on totalise les As et les Rois qu’on a dans la main, en comptant 2 pour chaque As et 1 pour chaque Roi.
Le total ainsi obtenu est multiplié par 3,3. (le calcul de tête se fait très facilement : on multiplie par 3 et on ajoute 10%).
Exemple : ()RV75 ()DV2 ()ADV9 ()62 –> 3 (1 Roi = 1, 1 As = 2) x 3,3 = 10 Ci.
Ensuite on compare le total Ci avec les points H de la main. Dans cet exemple on a 10 Ci et 14 H ce qui donne 10-14 = -4.
Le résultat obtenu qui est positif ou négatif sert à rectifier éventuellement le nombre total de perdantes dans un sens ou dans l’autre. S’il y a plus de Ci que de H il y a moins de perdantes, s’il y a moins de Ci que de H il y en a plus. La table ci-dessous donne l’importance de la rectification à appliquer en fonction de la différence.

Différence

0 à 1

2 à 3

4 à 6

7+

Rectification

rien

0,5 perdante

1 perdante

1,5 perdante

Dans l’exemple ci-dessus le Ci est plus petit que H de 4. Il y a donc plus de perdantes que le nombre calculé à la base. Cette différence correspond à 1 perdante de plus. 

La main a 7 perdantes de base. Le Ci négatif lui en fait perdre 1 de plus.  Conclusion on doit tenir compte de 8 perdantes et non 7. Quand on regarde pourquoi, on voit que les 3 Valets et les 2 Dames qui représentent 7 H à eux seuls, pénalisent la qualité de la main. Si à la place de DV2 il y avait eu R32 le Ci de base aurait été de 13 et on n’aurait pas eu de rectification (13 H contre un Ci de 13), et la main aurait correspondu à 7 perdantes.
Exemples (cliquez)
Lorsqu’on est à la limite d’une tranche, les Valets qui pénalisent le calcul de base peuvent être pris en compte pour évaluer la situation. Par exemple avec R54 et D84 on a au total 4 perdantes ; avec RV4 et DV8 on a aussi 4 perdantes mais la présence des 2 valets peut faire basculer la décision en fonction des informations qu’on peut avoir par ailleurs.

L’introduction au LTC se termine
Dans les prochains chapitres je vous expliquerai comment le LTC vous permet de trouver très vite à quel palier théorique vous pouvez jouer.
Au chapitre (2) je vous expliquerai comment le répondant fait sa première enchère et comment l’ouvreur adapte sa redemande en conséquence. Plusieurs exemples vous permettront de comprendre le très grand intérêt du LTC surtout pour les mains déséquilibrées et faibles en points H. 
Ensuite, les chapitres couvriront spécifiquement les ouvertures de 1/1, 1, 1, 1SA, 2SA, 2, 2, 2 multi, Interventions à 2/2, et les Interventions adverses.

Bien qu’on utilise le même mot « perdante », celui qu’on utilise dans le système d’enchères classique et qu’on relie au mot « couvrante », n’a rien à voir avec le LTC.

Si vous avez un partenaire régulier essayez le LTC, vous l’adopterez. Et…si vous avez des questions j’y répondrai avec plaisir.

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